Discours et images

Publié le par Gilles Muratet

Le discours ne décrit pas le réel. Il donne à voir des images qui parlent à notre cœur et à notre tête. Les mots utilisés pour parler du monde sont accompagnés d’un cortège d’images dans lequel  chaque auditeur va se servir. L’expression "population civile" n’évoque pas les mêmes images que "groupe d’hommes, de femmes et d’enfants". L’expression "dommages collatéraux" ne produit pas le même effet que "destruction de maisons, d’écoles et d’hôpitaux". 

 

Le choix des mots utilisés pour parler du réel permet de montrer des facettes très différentes d’un même objet. L’assassin jugé dans un tribunal est en même temps un monstre sanguinaire et un malade mental en grande souffrance. Un paysage sublime peut être aussi un lieu de sinistre mémoire. 

 

Le discours peut aussi donner à voir des images qui masquent le réel. Un procédé classique consiste à opérer un léger décalage pour ne parler que d’une partie du réel et occulter le reste. Les opérations de maintien de l’ordre en Algérie étaient l’action nécessaire d’une France juste et forte. Ce qui se passait réellement dans ces opérations était une toute autre histoire, avec ses images nauséeuses. Ces images occultantes sont des images pourries car elles empêchent toute réflexion efficace. 

 

La bataille des mots et des images est vieille comme le monde. Elle a pris une nouvelle dimension avec la télévision qui fournit les images ad hoc en même temps que le discours. Enfin, l’internet, pourvoyeur fou d’images de toute nature, lui a donné récemment un nouvel élan. Notre relation à l’image a aussi beaucoup évolué. La Une d’un grand magazine nous montrant une scène violente nous laissait un peu de recul pour évaluer tant bien que mal ce que nous avions sous les yeux. Les torrents d’images  que nous trouvons sur internet ou au cinéma traversent notre tête à grande vitesse sans rencontrer beaucoup d’obstacles. 

 

S’interroger sur la distance d’une image au réel qu’elle donne à voir n’est plus de mise. Les producteurs et les pourvoyeurs d’images s’intéressent à l’effet produit. Ceux qui voient passer ces images sont des cibles plus ou moins tétanisées, gérant au mieux l’assaut. 

 

"Le poids des mots, le choc des photos" disait Paris Match. Maintenant, le poids du choc suffit. 

 

Inutile de se lamenter. C’est ainsi !

 

Deux types de remèdes à mettre en oeuvre :

 

1 - Créer des écoles dans les catacombes où l’on enseignera la pratique de la première fonction du langage : décrire le monde. On créera ainsi une réserve de sages, dans l’espoir qu’ils soient un jour utiles et pas trop moisis.  

 

2 - Entrer dans la bataille des images en abandonnant le raisonnement et la réfutation. Il s’agit de pister et de contrer systématiquement les expression-écrans qui évoquent des images pourries et leur associer des contre-images. La défense habituelle contre les images pourries est le rire ou le ricanement. Il faut prendre l’habitude de hurler devant les images pourries et pas seulement d’en rire. Il faut de plus fabriquer et renvoyer des images antagonistes, des contre-images qui font ressurgir le réel. Les français ont une forme d’esprit qui s’y prête. Il faut en faire un jeu national pratiqué dans tous les débats y compris les débats publics. 

 

Opération de maintien de l’ordre

 

 LBD 40 - Lanceur de balle de défense

 

 

 

Grenade de désencerclement : Sébastien Maillet peut vous parler de sa main perdue le 9 février 2019

 

 

Frappes aériennes 

 

Pas ça :

 

 

Pensez plutôt à ça :

 

 

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